La campagne qui démarre est l’occasion, ici ou là, pour des acteurs connus ou non, de revivre par le souvenir les élections précédentes. Je n’ai de l’élection de 1965 que le souvenir des affiches sur les murs en allant au collège, Tixier Vignancourt dont les photos étaient détournées par l’ajout d’une mèche à al Hitler ou Lecanuet dont on avait noirci une partie des dents. Pour les autres il me faut sélectionner ce qu’il me souvient dans la masse des images, des souvenirs, des rencontres.

1981, la référence, bien sur. La joie, immense, indescriptible en voyant se dessiner sur les écrans le haut du visage de François Mitterrand, déclenchant ce cri dont le souvenir me donne encore la chair de poule . Je me reconnais pleinement dans ces mots de  François Hollande « il y a des journées qui justifient une existence » Une journée que je vois encore au travers du brouillard des larmes de joie, avec ces camarades que l’on  étreint et nos pauvres mots « c’est beau, hein, c’est beau ! ». Il y a des journées qui justifient une histoire, celle des miens, dans toutes les acceptations du terme. Pour ces quelques minutes, je ne serais jamais « un déçu du socialisme »

Mais avant il y avait eu 1974, mon premier vote de citoyen. Un échec pour mon candidat, mais un échec porteur d’espoir avec ces mots de François Mitterrand, le soir même « la victoire est inéluctable » qui faisaient renaître l’espoir. Rien à voir avec l’ambiance de ce soir d’élection de 1969, où tant de socialistes avaient voté … pour d’autres candidats et où le score désastreux de Gaston Deferre était expliqué par le Maire socialiste de ma localité par « le choix de la Russie des Soviets » !

Si 1988 fut bien une victoire, elle fut ambigüe puisqu’ouvrant un septennat qui n’eut jamais l’éclat des premières années, et surtout une longue période grise pour la gauche, d’affaires en défaites. Avec l’élection de Chirac en 1995, malgré le beau parcours de Lionel Jospin dont je me souviens du regard exorbité et presque terrorisé quand il traverse la foule compacte au meeting de Lille. Et bien sur avec la catastrophe absolue, ce 22 avril 2002 cet autre cri de tristesse, de désespoir, de rage devant l’élimination de notre candidat et l’accession du Front National au deuxième tour. Un haut-le-cœur. Une nausée. Un cauchemar. Ces autres larmes, amères. Ces camarades qu’on serre dans les bras, incapables de parler. Et ce vote, quand même, le dimanche suivant, la gorge serrée. Plus jamais ça !

Et en 2007 ce sentiment de revanche, ce sentiment de la victoire à portée de mains, ce sentiment que tout devient possible. Cette première rencontre avec Ségolène Royal, avant le vote interne, et cette impression qu’elle rayonne, que rien ne pourra résister à cette force qui est en marche. Et puis cet enlisement dans les bassesses, dans les calculs, dans les médiocrités, le fiel, les jalousies, la misogynie ordinaire, la haine. Avec en conséquence l’effondrement ce qui devait tout changer, et la victoire qui coutera cher à la France, à nos valeurs, aux nôtres.

2012  reste encore à écrire. L’espoir est là. Moins idéaliste qu’en 1981, surement. Peut-être moins romantique qu’en 2007. Mais il est là. Par l’envie tellement forte de se débarrasser d’un Président qui nous fait honte, qui insulte tellement ce à quoi nous tenons et croyons. Par la certitude que les solutions de la gauche sont nécessaires au pays, au peuple. Mais aussi par ce sentiment, à chaque fois renouvelé, que nous faisons partie d’une histoire, d’une suite, à laquelle il y a aussi de la grandeur à être fidèles.